L’histoire et la date de création de la PS3

Un quart de siècle a filé depuis que la première PlayStation a débarqué au Japon. Difficile d’imaginer l’ampleur du chemin parcouru : des prototypes bricolés en secret aux salons mondiaux où la marque trône aujourd’hui, la PlayStation s’est imposée comme une légende vivante du jeu vidéo.

À l’heure où la console fête ses 25 ans, le magazine Game Informer a choisi de marquer le coup en racontant cette épopée sur 24 pages. Pour saisir toute la richesse de cette aventure, Jeff Cork, rédacteur en chef, s’est investi à fond : rencontres, interviews, récupérations de souvenirs tantôt flous tantôt limpides, parfois entre deux escales ou dans l’urgence d’une actualité brûlante. Le résultat respire la passion, l’enquête, les voix croisées des architectes d’une réussite longtemps imprévisible. Ken Kutaragi, Jim Ryan, Shuhei Yoshida : la liste donne le vertige. Ce sont eux qui ont accepté de remonter le fil, de détailler les coups d’éclat comme les impasses.

L’histoire racontée se décline sans détour : essais avortés avec Nintendo, ascension spectaculaire de la PS4, péripéties, erreurs de jeunesse, choix déroutants, mais toujours, cette force collective galvanisée par quelques personnalités capables de penser autrement. Au fil des pages, PlayStation prend une dimension presque mythique, façonnée dans le tumulte puis imposée au grand public par un mélange d’audace et de discipline. On ne peut que sentir la vibration derrière l’anecdote.

Dans cet ensemble, un nom retient l’attention : Takafumi Fujisawa. Derrière le son de démarrage que des millions d’utilisateurs connaissent par cœur, se cache sa main, son oreille et une démarche singulière. Même si son visage ne dit rien à la plupart, impossible d’ignorer sa patte : c’est bien lui qui a signé ce son d’ouverture, marqueur indélébile du lien qui unit chaque joueur à sa console. Son témoignage revient sur la genèse de cette identité sonore, sur sa recherche de la note juste, du ressenti partagé. Les coulisses, les hésitations, les choix artistiques se dévoilent ici avec une étonnante sincérité.

Quelle a été votre approche pour imaginer le son de démarrage de la PlayStation ?

Takafumi Fujisawa : J’étais déjà dans l’aventure, avant même que la véritable équipe ne soit officielle. En 1994, alors que le prototype commençait à exister, j’ai reçu l’animation du logo, qu’on appelait “mouvement logo”, et j’ai imaginé une bande-son à la hauteur de l’événement.

Aviez-vous des contraintes ? Fallait-il respecter une durée précise ?

Fujisawa : Pas vraiment de règles strictes sur la durée, mais comme je m’occupais aussi du hardware, du firmware et des outils de développement, je connaissais les vraies limites tech, surtout celles liées à Polyphony et à l’ADPCM. Je voulais que le résultat soit le même sur tout type d’écran, peu importe le pays. Seule la ROM limitait sérieusement les choses : chaque octet comptait.

Avez-vous reçu des directives nettes de Sony ? Ken Kutaragi est-il intervenu personnellement ?

Fujisawa : Pas vraiment, même si j’aurais bien aimé (rires). On m’a laissé pas mal de liberté. La version que j’ai proposée d’emblée a été adoptée quasi sans retouche. J’avais aussi essayé une variante avec une voix chuchotant “PlayStation” en fond, mais ça donnait une atmosphère étrange, comme si la console s’adressait à son proprio. J’ai finalement préféré la clarté et la sobriété.

Le son d’ouverture rappelle le célèbre “Ainsi parlait Zarathoustra” de Strauss. C’était dans vos inspirations ?

Fujisawa : Belle comparaison, qui me fait sourire ! J’ai en effet utilisé une trame orchestrale dès le début. Ensuite, j’ai glissé des touches ethniques pour donner plus de profondeur à l’ensemble. Je voulais un départ stable suivi d’un petit déséquilibre, provoquer une forme de surprise auditive, une montée en puissance avec une couleur harmonique propre.

Ce son semble raconter une histoire : il s’ouvre, des cloches, un “swoosh”, puis une fin presque aérienne. Aviez-vous une narration précise en tête ?

Fujisawa : Mon but était de refléter l’anticipation du jeu, mais sans secouer l’utilisateur. Au début, tout est doux, presque rassurant. Ensuite seulement, le son enveloppant installe une sorte de cocon, une sécurité qui dit discrètement que tout fonctionne, que le disque est bien en place. Chaque enchaînement d’accords devait servir cette sensation.

Pour le fameux “swoosh” à l’envers, l’idée, c’était qu’il puisse boucler si le disque ne démarrait pas. Ce détail permettait très vite de repérer les problèmes sans discours superflu.

Tout cela est-il venu d’un coup, ou avez-vous testé de nombreuses pistes ?

Fujisawa : Deux semaines à chercher la bonne structure, sélectionner les sons, réunir les instruments nécessaires. Puis deux jours intensifs pour assembler le tout. Dès le principe, je voulais rappeler l’entrée dans une salle de cinéma : ce moment de flottement, la promesse muette d’un moment fort. Ce frisson, l’attente d’un plaisir imminent, voilà ce que je voulais condenser en quelques secondes.

Avez-vous conçu aussi le son de démarrage de la PS2 et de la PS3 ? Comment cela s’est-il passé ?

Fujisawa : Pour la PS2, l’équipe audio avait grandi, alors j’ai lancé un genre de concours interne. On a testé de nombreuses idées, mais on revenait toujours à la quarte parfaite, signature sonore qui fait le lien entre générations. Ken Kutaragi rêvait d’une nouvelle dimension sonore, visualisée comme un immense monolithe qui lévite dans l’espace au-dessus du sol. J’ai choisi des harmonies stables, témoin d’une puissance tranquille, et l’image de s’ancrer quelque part dans l’inconnu.

Pour la PlayStation 3, j’étais davantage pris par le management technique. Cette fois, c’est mon équipe junior qui a géré la création sonore. Leur idée a fait mouche : toujours ce motif orchestral qui signale un passage, le début d’un événement marquant.

Composer un son de démarrage, c’est naviguer à la frontière entre hommage, identité sonore et choix techniques. Travailler sur PlayStation m’a offert une expérience intense, qui a su rester vivace bien des années plus tard.

Alors la prochaine fois qu’une console prend vie sous vos yeux, songez à ceux qui travaillent minutieusement derrière ce rituel invisible. Parfois, la vraie révolution se niche là, dans une poignée de notes attendues… et c’est tout un monde qui recommence.